Asthme et asthme sévère : actualités et perspectives en 2025
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Dr Pascale MARTIN- PNEUMOLOGUE À METZ L’asthme est une maladie respiratoire chronique fréquente, hétérogène, caractérisée par une inflammation des voies aériennes, une obstruction bronchique variable et souvent réversible, et une hyperréactivité bronchique. |
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En France, la prévalence de l’asthme chez l’adulte est estimée à environ 7% Avec plus de 4 millions de personnes touchées et une mortalité liée à l’asthme d’environ 1000 décès par an
C ‘est un fardeau clinique et économique disproportionné chez les patients présentant une forme sévère, estimés entre 5 à 10 % des asthmatiques soit 60 000 patients en France
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L’asthme est longtemps resté défini de façon purement clinique. L’évolution récente des connaissances a permis une meilleure classification des patients selon des phénotypes cliniques et surtout des endotypes biologiques, en particulier T2-high (haut) versus T2-low (bas) . Cette distinction a permis l’émergence d’approches thérapeutiques ciblées. |
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Évaluation et critères de sévérité Un asthme est dit sévère s’il reste non contrôlé malgré un traitement optimisé de palier 4 ou 5 selon GINA (figure 1) ou s’il est contrôlé uniquement au prix d’un traitement lourd (CSI forte dose + LABA ± antileucotriènes ou anticholinergiques de longue durée). Avant de poser ce diagnostic, il est essentiel d’éliminer : · une mauvaise observance ou mauvaise technique d’inhalation, · des comorbidités non prises en charge (rhinite, SAOS, reflux , obésité, trouble anxiodépressif), · et d’identifier le profil inflammatoire du patient. |
Avancées thérapeutiques : vers une médecine de précision
Depuis une décennie, les biothérapies ciblant les voies de l’inflammation T2 ont révolutionné la prise en charge de l’asthme sévère. Les traitements disponibles aujourd’hui permettent une personnalisation réelle du traitement, avec une réduction des exacerbations, des hospitalisations et des besoins en corticoïdes oraux :
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· Omalizumab : anticorps monoclonal anti-IgE, indiqué dans l’asthme allergique modéré à sévère avec sensibilisation démontrée et IgE élevées. · Mepolizumab, reslizumab, benralizumab : ciblent l’IL-5 ou son récepteur ; indiqués dans l’asthme éosinophilique sévère. Benralizumab a l’avantage d'une déplétion éosinophilique quasi complète par cytotoxicité cellulaire dépendante des anticorps |
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· Dupilumab : inhibiteur de la voie IL-4/IL-13, efficace dans les asthmes T2, notamment avec atteinte ORL associée (polypose nasosinusienne). · Tezepelumab : inhibiteur de TSLP (alarmines épithéliales), premier traitement ciblant en amont de la cascade T2, efficace quel que soit le niveau d’éosinophiles, avec un profil prometteur pour les formes mixtes ou T2-low. |
Ces traitements ont permis une réduction significative de l’utilisation des corticoïdes oraux, dont la toxicité cumulée est aujourd’hui bien documentée (ostéoporose, diabète, cataracte, immunosuppression, etc.).
Nouvelles pistes et perspectives
Plusieurs pistes sont en cours de développement, notamment :
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Conclusion L’asthme sévère est une entité à part entière, nécessitant une évaluation rigoureuse, un phénotypage précis et un recours précoce à un avis spécialisé. L’émergence des biothérapies a marqué une rupture dans la stratégie de traitement, transformant le pronostic de nombreux patients. L’avenir réside dans une médecine de précision intégrant biomarqueurs, génétique, environnement et suivi digitalisé pour optimiser les résultats à long terme.
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